Conférence internationale des Sargasses : quel bilan en tirer ?

La Conférence internationale des Sargasses avait pour objectif de réunir du 23 au 26 octobre 2019 les experts scientifiques, les bailleurs de fonds, les décideurs politiques et les porteurs de projets et de solutions déjà existantes, afin de définir une politique commune de coopération pour traiter de la problématique des sargasses qui concerne l’ensemble de la Grande Caraïbe.

Globalement, la Conférence a rempli son objectif puisqu’elle a débouché sur une déclaration commune sur les Sargasses. Parmi les mesures citées, il y a la création d’une plateforme d’information et d’un centre de télédétection afin de prévenir et prendre les dispositifs nécessaires en cas de flux importants.

La Conférence internationale des Sargasses a permis de faire un état des lieux international de la connaissance sur les sargasses et les enjeux qu’elles représentent. En effet, des représentants diplomatiques et universitaires internationaux étaient présents : de la Floride au Brésil en passant également par plusieurs représentants d’institutions caribéennes sur l’agriculture, la pêche et l’industrie.

Cette algue a toujours existé – Christophe Colomb en parlait déjà dans ses récits – et elle peut constituer une véritable ressource en mer. Les radeaux de sargasses constituent un abri pour les petits poissons qui attirent les plus gros et par conséquent, ils participent à l’écosystème marin.

En revanche, le problème de pollution provient de la démultiplication de ce phénomène et l’échouement massif sur les littoraux où les algues se putrifient et dégagent des gaz à l’origine de la fermeture d’établissements scolaires et touristiques et de la destruction de matériel électronique. Les experts ont révélé la présente de fer, d’arsenic et de mercure qui constituent un défi sanitaire pour les populations mais également la faune et la flore. De plus, il semblerait que les sargasses s’imprègnent des éléments toxiques de leur environnement puisque la présence de chlordécone a été détectée sur les échantillons relevés en Guadeloupe.

Mais concrètement les experts n’étaient pas en mesure d’expliquer les raisons de l’ampleur du phénomène car l’état de la recherche ne l’a pas encore permis. Il y a sans doute une corrélation avec le réchauffement climatique et les activités humaines. Néanmoins, l’implication du Brésil avec le rejet des pesticides constaté dans l’embouchure du pays reste notamment à démontrer pour l’instant.

Les représentants de nombreux bailleurs de fonds comme la BPI France, l’Agence Française de Développement et l’Union européenne ont rappelé l’existence des fonds disponibles qui peuvent être débloqués pour faire avancer la recherche et travailler sur plusieurs expérimentations de valorisation des sargasses.

De nombreux projets ont été mis en avant, notamment durant la Sarg’Expo à l’intention du grand public qui a permis de valoriser le travail d’une quarantaine d’acteurs privés ou publics. Parmi les projets présentés: la fabrication d’engrais issus du compostage des sargasses, la fabrication de plastique biosourcé, de papier et d’emballage biodégradables, ou encore l’utilisation des sargasses pour produire de l’énergie à partir de la biolyse. Il faut avoir à l’esprit que les sargasses peuvent devenir une ressource économique, mais à condition d’être collectées et stockées dans les meilleures conditions et d’avoir également un plan d’affaire solide étant donné l’imprévisibilité de la ressource.

De manière globale, il aurait été plus intéressant de croiser les perspectives entre les différents intervenants de la conférence afin de répondre à une problématique plus précise. Le programme de la semaine était très chargé, certains sujets semblaient se répéter et il aurait été plus judicieux de regrouper certaines présentations pour dégager des pistes de réflexion. De plus, certains questions, primordiales pour les populations, sont restées sans réponse, notamment sur la prise en compte de la sargasse comme « catastrophe » dans la réglementation pour permettre une prise en charge effective des populations impactées, notamment celles des littoraux. Ou encore la différence d’appréciation entre Etats sur l’opportunité de récupérer en mer les sargasses : certains pays le font actuellement mais des organismes comme l’ADEME et ses partenaires ne le préconisent pas. Des participants ont également exprimé leurs inquiétudes sur la focalisation des solutions tournées davantage sur des problématiques touristiques que d’autres secteurs qui font vivre une partie de la population comme la pêche ou l’agriculture.

Enfin, le déroulement de la Conférence internationale des Sargasses a montré l’importance pour la Guadeloupe de s’appuyer sur des compétences pour l’organisation d’un tel événement. Très clairement, il aurait été intéressant de travailler autant sur la forme que sur le fond de la conférence car l’accueil des délégations étrangères n’était pas vraiment à la hauteur. Entre autre, le manque de distribution d’eau aux invités, les soucis de protocole, le manque d’accompagnement des invités, la mauvaise gestion des places, les retards qui auraient pu être évités. Cependant, la Guadeloupe a montré qu’elle pouvait constituer un point d’ancrage stratégique dans le milieu de la coopération, faisant le pont entre une pluralité d’acteurs et de territoires. A voir si cet événement sera le début d’une véritable politique d’intégration aux problématiques régionales ou juste la volonté de deux hommes, le Président de la République Française, Emmanuel Macron et l’Ambassadeur, délégué à la coopération régionale dans la zone Antilles-Guyane, Jean-Bernard Nilam…