« Guadeloupe : le développement en question »

Samedi 18 janvier 2020, Librairie Générale de Jarry

George COMBE, Harry ARCHIMEDE, Emile ERNATUS et Cyr Henri CHELIM ont présenté une synthèse de leurs contributions au numéro spécial d’Etudes Guadeloupéennes de février 2019. Ce numéro a pour objectif de contextualiser le concept de développement en Guadeloupe, présentée habituellement comme un pays « développé », car territoire français. Or, dans un contexte socio-économique, sanitaire inquiétant et qui perdure malgré les différentes alarmes, la Guadeloupe a autant rien à envier à ses voisins qu’à plaindre.

Ce ouvrage (ré)ouvre le débat sur le devenir de la Guadeloupe en apportant des contributions sur un panel large de thématiques : la souveraineté alimentaire, le politique, l’éducation, le numérique…

Tous les auteurs ne partagent pas les mêmes convictions mais ils font le même constat : il faut agir pour que ça change.

Pour l’agronome Harry Archimède, la sécurité alimentaire est un aspect essentiel pour l’avenir de la Guadeloupe. Il est indispensable que le territoire prenne en main la question de ce qu’il y a dans nos assiettes. Revenir à des productions locales, au jardin créole répond aux défis économique, sanitaire mais surtout politique qui doit reprendre sa place face à la force du marché. Penser le développement, c’est avant tout établir une chaîne de valeurs entre tous les acteurs de la société.

L’enseignant retraité Emile Ernatus, connu également pour avoir été témoin des événements de Mai 1967, a présenté le développement insuffisant et atypique de la Guadeloupe malgré son classement IDH. Le territoire ne possède une capacité d’autonomie satisfaisante pour répondre à ses besoins. D’ailleurs, certaines réalités, comme la pauvreté et la criminalité la mettent dans la même situation des pays sous développés. Or, tant qu’il n’y a pas de prise de conscience réelle et de volonté de la part de la population et de l’élite politique, ce modèle de développement perdura.

Cyr Henri Chelim critique l’attitude spectatrice actuelle de la Guadeloupe. Selon lui, sans une véritable souveraineté qui permettrait d’avoir les leviers économiques, sociaux et culturels, il est difficile de réfléchir à des réponses pertinentes pour le territoire. Une vraie rupture engendra la créativité nécessaire pour sortir de la crise.

Pour terminer la table ronde, George Combé a présenté l’histoire de l’école dans le développement de la Guadeloupe en dénonçant qu’elle ne répond plus aujourd’hui aux défis actuels. Comment se fait-il qu’environ 1000 élèves par an sortent de l’école sans diplôme ? Pourquoi l’école échoue face aux apprentissages fondamentaux et au civisme? Réformer l’éducation peut être un déclencheur clé pour sortir du système actuel dont la Guadeloupe a hérité.

Le public a ensuite proposé d’autres pistes de réflexions telles que dépasser les constats pour agir concrètement, en tenant compte des problèmes de capitalisation, de réseau, de financements et surtout de vision globale qui freinent considérablement les initiatives. Une meilleure connaissance de son territoire facilitera également la créativité, l’innovation et l’augmentation des potentialités.