Semaine de la Caraïbe en Guadeloupe

Du 9 au 13 décembre a eu lieu la Semaine de la Caraïbe en Guadeloupe pour discuter de certaines problématiques qui concernent nos territoires caribéens. Ces conférences étaient organisées par la Région Guadeloupe dans le cadre de sa politique de coopération régionale en partenariat avec Cap Excellence, le CORECA et Karib’ Horizon et malheureusement n’étaient pas toutes ouvertes au public. Durant la semaine, de nombreux intervenants venus de Guadeloupe mais aussi de la Caraïbe (Sainte-Lucie, Haïti, Dominique) ont pu présenter et discuter de la résilience face aux changements climatiques, de coopération agricole, de coopération universitaire, de coopération en matière de santé, et des industries culturelles et créatives.

Je ne ferai un retour que sur les deux premières auxquelles j’ai assisté.

Il est important de souligner l’intérêt d’organiser ce type d’événements pour montrer que des réponses à des questions restées longtemps en suspens sont en cours. Le public a pu prendre connaissance des instruments et projets qui sont mis en place pour répondre à ces enjeux cruciaux.

Monsieur Narcisse Zahibo du laboratoire LARGE a présenté les résultats de ses recherches du projet 2016-2019 « C3AF : Changement climatique et Conséquences sur les Antilles Françaises. Après nous avoir défini les concepts de résilience, vulnérabilité, adaptation, gouvernance, entre autres… Monsieur Zahibo a contextualisé les notions au niveau local puis régional. Pour lui, il est nécessaire de pouvoir répondre efficacement à l’échelle locale (Guadeloupe) avant de pouvoir exporter et débattre des solutions au niveau de la Caraïbe. Enfin il a présenté le résultat final du projet : un site internet permettant de partager la connaissance du changement climatique (submersion marine en particulier) et ses conséquences sur les Antilles Françaises.

Une présentation d’une enquête sur la perception du changement climatique par les étudiants menée sur le campus de Fouillole a montré que 98% des étudiants interrogés estiment qu’il est urgent d’agir et que 67% d’entre eux pensent que les actions individuelles et/ou collectives sont efficaces, comme le bannissement du plastique, le tri sélectif, la réduction de sa consommation d’énergie et d’eau, avoir un comportement responsable et changer ses habitudes, changer de système économique et adopter des accords contraignants… Néanmoins, ce que cette enquête a révélé est qu’en cas d’événement majeur sur le territoire, la plupart a affirmé vouloir quitter le territoire pour se rendre dans l’Hexagone.

Monsieur Alex Grava (Directeur du CAUE) a présenté la construction de la résilience à travers les différents dispositifs mises en place dans le cadre de l’aménagement du territoire, en indiquant que la saison cyclonique 2017 avait permis de révéler deux problèmes majeurs : l’inefficacité des programmes d’atténuations existants car il s’agit de politiques de réaction, de réparation et non pas de prévention, d’anticipation ; ainsi qu’une culture de la résilience réellement différente entre les trois territoires touchés, à savoir la partie française de Saint-Martin, la partie hollandaise et Saint-Barth.

La question de la résilience climatique est primordiale dans la Caraïbe puisque nous serons confrontés très certainement à des événements climatiques plus intenses dans les années à venir.

Conférence sur la coopération agricole – Caribbean Week

Le deuxième jour de conférence portait sur le thème de la coopération agricole. Il a permis de présenter les initiatives locales existantes en matière d’agriculture pour répondre aux défis locaux, malgré les normalisations auxquelles la Guadeloupe est soumise et au libre-échange qui privilégie les économies d’échelle et la spécialisation. Souvent, les initiatives sont nées en réaction à une catastrophe naturelle (ex : l’ouragan Matthew en Haïti) ou par l’impulsion institutionnelle (ex. 2010, l’Etat français encourage les réflexions sur une agriculture à petite échelle).

Les différents témoignages ont permis de démontrer l’intérêt de l’agriculture à petite échelle face à l’agriculture d’export qui exige énormément de ressources foncières. Il s’agit de produire pour le marché local et de manière diversifiée pour l’autosuffisance du territoire. Mais également à travers la permaculture d’utiliser les interactions entre les plantes pour éviter l’utilisation des pesticides et les problèmes sanitaires qui en résultent. Enfin, il faudrait que cette agriculture contribue à favoriser l’autonomisation du producteur par les revenus de son travail.

Les discussions ont également porté sur la nécessité de réfléchir davantage à une économie circulaire qui valorise ses déchets, à la sensibilisation et l’éduction des citoyens dès le plus jeune âge sur une alimentation saine et durable pour opérer une véritable transition. Néanmoins, cela exige une coopération politique et opérationnelle entre les secteurs et les générations afin de favoriser une expertise de proximité et des solutions pertinentes pour le territoire.

La conférence s’est ensuite achevée par une très belle visite de l’INRA (Duclos, Petit-Bourg) et de deux projets de recherche d’agriculture raisonnée, résiliente et interactive.

Visite à l’INRA