Semaine de la résilience et de l’autonomie en Guadeloupe

100% Zeb est une association créée en 2017 dont l’objectif est de préserver et valoriser les plantes caribéennes. Elle propose des ateliers autour de la permaculture et du jardin créole et vend les plantes cultivées et leurs produits dérivés.

Du 20 au 26 janvier 2020, 100% Zeb a organisé une série de conférences et d’échanges sur les capacités existantes sur le territoire pour répondre à nos besoins de consommer mieux et local. Chaque conférence est animée par Hugues Occibrun, président de 100% Zeb et deux invités qui partagent leurs réflexions sur la thématique du jour. Le lundi, jour de l’ouverture, visait à ouvrir le débat sur les opportunités et les freins existants en Guadeloupe : grâce à l’exercice du débat mouvant*, les participants ont pu discuter entre autres du prix de la production locale par rapport à celle importée, la préférence de consommer local plutôt que bio, les difficultés ou non de l’entreprenariat en Guadeloupe.

Ensuite, les deux invités ont présenté chacun successivement leurs parcours et leurs propres réponses aux questions préalablement posées au public :

  • Vanessa Kancel, cheffe de plusieurs entreprises et bloggeuse (the carribean mompreneur) a rappelé l’existence en Guadeloupe de nombreux dispositifs spécifiques d’aides et d’accompagnements à la création d’entreprise qu’il n’y a pas dans l’Hexagone, ainsi que l’avantage d’être sur un marché étroit pour développer une idée originale.

Il suffit d’une étincelle pour que tout fonctionne !

Vanessa a pris l’exemple de la pâtisserie VG Délices qui a démarré très fort dès son ouverture grâce à une stratégie « Instagram marketing », c’est-à-dire pour faire connaître son projet en amont grâce aux réseaux sociaux. Elle a également mis le doigt sur le problème des marques locales et des produits à fort valeur ajoutée comme GloaSanvé (cuir), Halchimy (montres), Bellatrix (lunettes) qui peinent à se faire une place à côté des marques de luxe bien implantées, en regrettant le manque de soutien des Guadeloupéens.

Vanessa a également fait le rapprochement avec le « money shaming », c’est-à-dire le blâme que subit un individu par un autre (ou groupe d’individus) en raison de l’apparence de richesses (taille de la maison, voiture, marques portées etc.). Elle pense que cette réprobation très typique de notre culture française freine énormément les ambitions des entrepreneurs actuels et futurs en n’allant pas plus loin de peur des « représailles ».

De plus, elle a dénoncé le plagiat, ou disons l’appropriation un peu trop facile des projets, assez récurrent qui décourage encore plus. Un véritable travail de transformation de l’état d’esprit (« mindset ») en Guadeloupe est nécessaire pour comprendre qu’il est tout à fait possible de travailler avec le système – jusqu’à ce que nous parvenions à le changer -, de s’inspirer d’une idée à condition de mentionner son origine et d’avoir des produits locaux de luxe.

  • Charles Balagne nous a présenté le snack végétarien Manjé Zayann (Rue Vatable), dont l’objectif est de promouvoir l’agriculture locale et ses produits transformées (tartes, jus naturels…) à des prix accessibles aux gens du quartier. Prioriser le local est une manière de sortir du système actuel qui est au détriment de l’intérêt de la Guadeloupe, en faisant disparaitre la production locale comme le lait. Les stratégies commerciales et subventions empêchent de connaître le vrai coût des produits et donc obligent à privilégier les produits importés (ex : 1,5 € le litre de lait en poudre contre 3 € le litre du local). Pourtant, selon lui, dans un pays voisin la Barbade, le litre en poudre coûte seulement 50 centimes moins cher que le local. Il s’agit donc d’un véritable enjeu politique car il est impossible avec certitude le processus de fabrication des produits importés. D’où sa proposition de les taxer au nom de la santé publique.

La soirée d’ouverture de la semaine de la résilience et de l’autonomie en Guadeloupe s’est ensuite achevée par la dégustation de soupes et un chocolat chaud concoctés par Manjé Zayann… 

* Débat mouvant : Les participants se positionnent obligatoirement pour ou contre une série d’affirmations et peuvent changer de camp s’ils ont été convaincus par les arguments adverses.